Impossible d'accueillir le Christ sans accueillir le plus pauvre

Bonne Nouvelle Quart Monde
Bonne Nouvelle Quart Monde
Bonne Nouvelle Quart Monde
Bonne Nouvelle Quart Monde
Bonne Nouvelle Quart Monde


L’ancienne traduction liturgique de la Bible nous disait « la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres » ; aujourd’hui, nous écoutons « Les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle ». Une nuance qui signifie peut-être : reçue, avant tous les autres ? Témoignage de sr Anne , sœur de la Bonne Nouvelle,

Lorsque Jésus est interrogé par les disciples de Jean Baptiste pour savoir s’il est celui que l’on attend ou s’il faut en attendre un autre, (Isaïe 61, 11 Luc 7, 18) il lui répond : « Les aveugles voient, les boiteux marchent, les pauvres reçoivent la bonne nouvelle ». Ce sont donc eux, qui l’ont reçue, qui nous la révèlent, à nous, qui ne nous situons pas comme des pauvres. Notre mission est que les personnes pauvres soient considérées comme des chrétiens à part entière, que nous prenions les moyens de nourrir leur foi afin que celle-ci vienne nourrir l’Eglise. Ce n’est pas de l’assistance, une aide qu’on leur apporte. C’est une lutte commune qui leur permet ensuite de s’exprimer eux-mêmes. Le Royaume ne peut exister que si tout homme en est partie prenante. Les personnes pauvres en détiennent une part car Dieu se révèle à elles de manière spécifique : « Je te bénis Père d’avoir révélé cela aux petits » (Cf. Mt 11, 25).

 


Un des aspects de cette spécificité nous apparaît si nous les écoutons nous dire qui est Dieu pour eux. Il est profondément Celui sur qui ils peuvent compter même s’ils sont dans une vie très difficile. Ils expriment que s’ils n’avaient pas Dieu, « qu’est-ce que je deviendrais ? ». Cette phrase qu’ils répètent souvent, quand elle est dite à partir de leur misère, prend un poids !
Les hommes qui ont la vie facile ne s’appuient pas sur Dieu, mais sur leur argent, leur pouvoir.
Ce qui me frappe aussi, c’est leur manière particulière de prier ; ils s’adressent d’abord à Dieu en disant « Tu es béni », puis fondent en larmes car ils ont un énorme poids à déposer. Ensuite ils reviennent au « Merci Seigneur ». Quand on regarde bien, c’est exactement la structure de nombreux psaumes. Or on dit bien que les psaumes sont la prière des pauvres depuis des siècles. J’ai vécu cela aux Philippines mais j’ai retrouvé la même chose en France. Je ne me l’explique pas vraiment, c’est comme ça. Dieu est important pour eux et ils sentent qu’il les dépasse.
Leur prière me fait entrer autrement dans la prière des psaumes que nous prions si souvent comme religieuses. Nous nous sommes mises à «tresser » les psaumes, nous les actualisons avec les paroles des pauvres. Ces psaumes nous permettent de partager ce que nous avons découvert avec eux

Notre vocation est là : transmettre ce que les pauvres nous révèlent. Ce n’est pas nous qui « savons » et apportons, mais nous annonçons la Bonne Nouvelle et nous recevons d’eux. Les pauvres nous révèlent quelque chose de Dieu. Toutes les personnes qui viennent dans nos groupes ne sont pas forcément croyantes, mais elles entrent très facilement dans les textes de l’évangile quand elles se laissent touchées par la Parole de Dieu, elles nous surprennent et nous déplacent dans notre propre foi.

 

Témoignage Sr Anne
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